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VIOLS EN PSYCHIATRIE
LES FEMMES ET LES ENFANTS VICTIMES
CHAPITRE DEUX
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LES AGRESSIONS SEXUELLES DETRUISENT DES VIES
En 2001, Kenneth Pope, ancien chef du comité d'éthique de l'Association américaine de psycho­logie, a écrit dans son ouvrage Rapports sexuels entre thérapeutes et clients que: «À leurs débuts, les pro­fessions de la santé reconnaissaient le tort qui pourrait résulter d'une implication sexuelle avec les patients. Le serment d'Hippocrate, ainsi nommé en mémoire d'un médecin ayant exercé cinq siècles avant J.-C., interdit les relations sexuelles entre médecin et patient. Le consensus historique établi parmi les professionnels de la santé selon lequel de telles activités sexuelles devaient être proscrites car destructives s'est poursuivi jusqu'à nos jours.»5

En 1976, dans le procès Roy contre Hartogs, procès qui fit date car l'un des pre­miers dans lequel une femme a réussi à intenter un procès contre son thérapeute pour ces raisons, le tribunal a considéré que : « Donc, depuis [Freud] jusqu'aux prati­ciens modernes, nous avons un commun accord que l'intimité sensuelle entre patient et thérapeute a des effets nuisibles. »6

Le tribut le plus élevé à payer pour ce fléau est le suicide de patients. Près de 14% des patient(e)s impli­qué(e)s sexuellement avec un thérapeute font au moins une tentative de suicide. Un patient sur 100 y parvient.7

Le silence apeuré de la plupart des victimes est un facteur dont il faut aussi tenir compte. En fait, seulement 1 % d'entre elles dénonce l'abus subi. Des dizaines de milliers de patients se sont suicidés et des milliers d'autres ont été hospitalisés à cause des torts subis.
Selon une étude australienne de 1989 appelée «La séduction des patientes», près de la moitié des patientes sexuellement agressées par des psychiatres avaient déjà subi des agressions sexuelles, incestes et viols durant leur enfance. Des psychiatres ont utilisé leur vulnérabilité pour en faire à nouveau des victimes. Ils leur ont dit que la source de leurs problèmes était un «dysfonctionnement sexuel» et qu'ils devaient leur enseigner comment le surmonter en atteignant l'orgasme et en ayant des rapports sexuels oraux.8

Si un patient ose se plaindre, les psychiatres mis en cause imputent d'abord la faute à la « maladie mentale » du patient. Puis à l'incapacité du patient à «accepter» ses expériences traumatisantes passées. Finalement, les psychiatres maintiennent que le patient consentait à la « relation », malgré l'abus évident.

Pour le Dr Gary Shoener, directeur du Centre de jour de Minneapolis (Minnesota, États-Unis), «Le consente­ment n'est pas un argument de défense. Aussi, même s'il semble que le patient a eu une idylle avec le thérapeute, si elle a lieu durant la relation professionnelle, il s'agit d'un crime (...) d'un viol puni par la loi. (...) En d'autres termes, si vous êtes capable de prouver cela, vous n'avez rien d'autre à prouver. » 9
Après avoir placé Sharon Hamilton, danseuse professionnelle, en « cure de sommeil profond », un coma produit par des drogues associées à des électrochocs, Harry Bailey l'a séduite, démarrant une liaison torride. Au final, elle se suicida.
5. Kenneth Pope, «Sex Between Therapists and Clients", Encyclopedia of Women and Gender: Sex Similarities and Différences and the Impact of Society on Gender (Académic Press, oct. 2001).
6. Ibid.
7.  Ibid.
8. Sydney Smith, «The Seduction of the Female Patient », Sexual Exploitation in Professional Relationships (American Psychiatric Press, Inc., Washington, D.C., 1989).
9. Janet Fife-Yeomans, « The Abuse of Trust », The Australian, 30-31 juill. 1994, p. 20.
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