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DOCUMENTAIRE
PSYCHIATRIE - La vérité sur ses abus
LES ORIGINES DE LA PSYCHIATRIE
De la torture en guise de traitement
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LES ORIGINES DE LA PSYCHIATRIE

- Les racines de la psychiatrie ont à voir avec le contrôle et l'aliénation de certains groupes de gens qu'il était inconfortable de côtoyer. On les enfermait dans ces lieux pour les isoler. L'histoire de la psychiatrie est véritablement rattachée aux institutions.
Dr Lee Coleman
Auteur - Le règne de l'erreur

L'hôpital royal de Bethlehem à Londres fut l'un des premiers centres psychiatriques au monde. Surnommé Bedlam, l'hôpital n'était guère mieux qu'un entrepôt pour ceux considérés comme fous. Les internés étaient confinés dans des cages, des placards et des stalles, enchaînés aux murs et flagellés; et l'asile, moyennant de l'argent, accueillait le public pour voir le spectacle.

Au 18ème siècle, William Battie [Président de l'Institut royal des médecins] fut le premier à répandre l'idée que ces asiles pouvaient guérir les malades mentaux. Les maisons de fous de Battie ont fait de lui l'un des hommes les plus riches d'Angleterre bien que ses traitements aient été tout aussi inhumains que ceux de Bedlam et qu'aucun patient n'ait été guéri. Son succès financier déclencha un boum commercial et une occasion pour les psychiatres de tirer profit de cette industrie florissante.

- Durant cette époque, des deux côtés de l'Atlantique, on construisait de grandes quantités d'asiles pour malades mentaux. Ces établissements remontent certainement au début du 18ème siècle et dans certains cas, même avant. Mais la multiplication explosive des asiles, sorte « d' asilodromie » comme certains historiens l'ont appelée, est un phénomène typique du 19ème siècle. A cette époque, on avait convaincu l'État d'investir dans de tels établissements.
Dr Andrew Scull
Professeur de sociologie et de science

Mais tandis que les directeurs des institutions s'enrichissaient, les psychiatres n'avaient pas encore suffisamment de crédibilité pour maximiser leurs profits.

- Afin de se justifier, ils devaient proposer des solutions d'ordre biologique. Autrement, leur profession n'existait pas. Ainsi, la seule solution était de faire croire que les troubles émotionnels dont souffraient ces gens étaient d'ordre biologique.
Dr Ty Colbert
Auteur - Viol de l'âme

- Quoi qu'ils fassent pour rendre une personne maniable, ils l'appelaient « traitement ». La triste vérité est que nombre de ces « traitements » étaient de la torture.
Dr Lee Coleman
Auteur - Le règne de l'erreur

- Par exemple, les quasi-noyades développées à cette période devaient être absolument effrayantes. Une méthode consistait à placer le patient dans un cercueil, de fermer le couvercle puis de le plonger dans un bassin. Ensuite, on ouvrait le couvercle et on essayait de le ranimer. Il y avait d'autres méthodes de ce type et le taux de mortalité était très élevé.
Dr Andrew Scull
Professeur de sociologie et de science

Par la suite, les psychiatres ont cherché à rendre leur pratique crédible en l'affublant d'un langage médical. Ce remodelage du traitement a pris le nom de « modèle médical ».

- Les hyperactifs et maniaques étaient plongés dans de l'eau froide. Vous allez cesser d'agir comme un maniaque car il s'agit d'un traitement punitif. Quand les symptômes s'atténuaient, ils se sont mis à croire que le fait de plonger les patients dans l'eau froide drainerait les toxines hors du corps, et ils en ont donc fait un modèle médical.
Dr Ty Colbert
Auteur - Viol de l'âme

[Université de Pennsylvanie] Mettant en avant la théorie biologique de la maladie mentale, l'Américain Benjamin Rush promut l'idée que la folie était causée par un excès de sang dans la tête. Le traitement: réduire l'afflux de sang par tous les moyens possibles - l'immobilisation, l'eau froide, les saignées, même la terreur. C'est ainsi qu'un nouveau modèle médical fut créé.

- Le Dr Benjamin Rush a été fameux durant la guerre de l'Indépendance. C'était le maître de la saignée pour guérir les gens de la folie. Il a aussi inventé ce qu'on appelle la « tranquillisante ». C'est une chaise qui ressemblait à une chaise électrique. On restreignait le patient dans cet appareil en lui appliquant parfois de l'eau froide sur la tête pendant quelques heures. Dans une lettre, il a annoncé l'invention de cet engin appelé « tranquillisante ».
Dr Andrew Scull
Professeur de sociologie et de science

Les méthodes souvent mortelles de Rush ont été détaillées dans un manuel de 1812 qui a fait autorité durant les 70 années qui ont suivi. Rush était tellement vénéré qu'en 1965 il devint le Père de la psychiatrie américaine, son effigie figurant sur le sceau de l'Association Psychiatrique Américaine. A la fin des années 1800, comme les psychiatres ne pouvaient pas soigner la folie et comme ils sentaient leurs revenus menacés, ils ont inventé de nouveaux modèles médicaux.

- Les guérisons promises n'ont pas eu lieu et vers 1860 et 1870 un pessimisme s'est emparé de l'Europe et de l'Amérique du Nord car s'il y avait toujours plus d'asiles, leur efficacité laissait à désirer.
Joseph Melling
Directeur adjoint
Centre d'Histoire de la Médecine

Le 20ème siècle a apporté davantage de modèles médicaux. Le psychiatre américain Henry Cotton mutilait ses patients, leur ôtant des parties du corps en déclarant qu'il s'agissait d'une percée dans le traitement des maladies mentales.

- On a commencé par enlever les dents, puis les amygdales et les sinus. Comme les patients n'allaient pas mieux, son enthousiasme passa aux parties inférieures du corps. Les patients avaient bien-sûr leur salive pleine de bactéries. Donc, l'ablation de l'estomac, de la rate et du côlon allait de soi.
Dr Andrew Scull
Professeur de sociologie et de science
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